| KARATEDO : Art Martial d'origine japonaise consistant à utiliser dans un but défensif, les armes naturelles du corps humain. Cette définition de notre art devrait figurer au fronton de tous les Dojos et faire partie intégrante de la première leçon de Karaté. Cela éviterait à certains de confondre le Karaté et l'expression corporelle. Selon une étude de J.P.LOUKA, Le Karaté européen (Français en particulier) est en totale dérive. La faute en est à plus de vingt années d'orientation vers le ‘tout Karaté sportif ' celui ci ayant montré ses limites et ses insuffisances. Les compétiteurs ne travaillant plus que les techniques ‘qui sont comptées par les arbitres'. On assiste ainsi à un délitement de la technique qui s'aggrave d'année en année. En 1960, en France il y avait le Judo créé par le Maître KANO, (Dans chaque Dojo ou presque on pratiquait alors également le Jiu Jitsu et quelquefois la boxe française) l'Aïkido créé par le Maître UESHIBA et le Karaté créé par le Maître FUNAKOSHI. Peu de Kendo, et le TAEKWONDO commençait à montrer le bout de son nez. C'était à peu près tout. Mais maintenant… Actuellement, plus de 80 disciplines dites Martiales, de défense ou de combat seraient répertoriées. L'explication ? Des touches à tout comme on en connaît tous ont pratiqué un peu de judo, puis sont passés au Karaté, puis à l'Aïkido, puis convaincus qu'ils sont de grands Maîtres, ont créé leur technique. Comment ? Oh ! c'est simple et la recette est la même pour tous bien que chacun croit en être l'inventeur et le premier à l'appliquer : On mélange un peu de tout : Deux doigts de Karaté, deux doigts de Judo, un doigt d'Aïkido, on secoue bien fort dans un shaker et on crie « Euréka ! J'ai inventé une nouvelle méthode. Un nouvel Art Martial. J'ai réalisé une synthèse des arts Martiaux. (Retenez bien ce mot : Synthèse .) Ils sont une bonne cinquantaine de mythomanes à l'employer et à baptiser leur ‘méthode' de noms à consonance asiatique, plus folkloriques les uns que les autres. Tout cela sans oublier de se dire entraîneur de la police, de la gendarmerie ou de services de sécurité. Car ‘Ca fait bien !' Et on donne des leçons et on donne des conseils : « Si on vous fait ceci vous faites cela. Si on vous agresse de telle façon, il faut faire comme cela. Et si on vous agresse avec un couteau il faut faire de telle façon. Si on vous menace d'un revolver ?… Rigolade ! Il suffit de mettre un coup de pied dans le revolver ! » Et tous ces irresponsables de pérorer alors qu'ils ne savent pas ce que c'est qu'être confronté à la réalité d'une véritable agression. Ayant eu la chance de ne pas y être confrontés, ils ne savent pas comment le sang ‘se glace' quand vous avez devant vous un voyou armé d'un couteau et qui n'a qu'une idée : Vous le mettre dans le ventre. Je connais l'un de ces ‘instructeurs en self défense ‘ qui, pris à partie par un automobiliste s'est sauvé en courant. J'en connais un autre qui, giflé par un type en public et devant ses élèves, était terrorisé et n'a même pas essayé de se défendre. Je suis certain qu'ils se reconnaîtront. Mais pour passer de bons moments, j'ai aussi chez moi un livre de jiu jitsu self défense, pourtant paru chez un grand éditeur français, écrit par un de ces phénomènes grand-maîtres, livre sur lequel il y a bien évidemment des défenses totalement farfelues contre des couteaux, mais également contre revolver et fusils. Mais le summum de la rigolade est sans conteste le chapitre concernant les défenses contre les attaques de chiens et j'ai été littéralement fasciné par trois d'entres elles. Permettez-moi de vous les livrer, elles pourront vous servir : Dans la première, il est expliqué qu'un chien n'attaque pas une personne qui se trouve au sol, à ‘quatre pattes'. Il est donc conseillé d'adopter cette position, car il est ainsi plus facile d'approcher le chien et de lui abîmer les pattes. La seconde technique qui n'est pas mal non plus, consiste pour la personne attaquée par un chien, à mettre son chapeau dans sa bouche. Ainsi le chien qui attaque généralement à la gorge ne mordra que le chapeau.
Mais la technique à laquelle je décerne le premier prix est celle qui consiste pour la personne attaquée par un chien (il est même précisé ‘chien dangereux' ) à l'attraper par la queue et le soulever à bout de bras. Il paraît que la douleur ainsi provoquée à la queue de l'animal lui enlève toute envie de mordre. C'est formidable ! Même COLUCHE n'y avait pas pensé. Et puis des chiens dangereux qui attaquent en reculant c'est courant. Tous ces exemples, ( et bien d'autres ) qui peuvent nous faire passer de bons moments de rigolade nous démontrent néanmoins le nombre de fantaisistes, de clowns, de mythomanes, qui peuvent graviter dans le Monde des arts Martiaux. Et par voie de conséquence, le nombre de personnes voulant apprendre à se défendre et qui se font berner, endormir, tromper par de tels zozos. Si on ne peut reprocher à de tels individus de n'avoir jamais été confrontés à la réalité d'une agression, On peut leur reprocher de tromper leurs ‘élèves' en leur montrant des techniques fantaisistes, leur faisant croire qu'ils sont ainsi prêts à répondre à toute agression. Mais quelle surprise si par malheur cela leur arrive. Mais on a aussi vu fleurir de nombreux nouveaux noms concernant le Karaté. N'a t-on pas maintenant : le Karaté contact, le Karaté jutsu, le Karaté défense, le body Karaté, et même le Karaté artistique et le Karaté interne… Il est vrai que pour des ‘enseignants' qui n'ont pas grand chose à enseigner, qui n'ont jamais suivi eux-mêmes une véritable formation technique avec des experts, il faut bien meubler. Alors là aussi, on mélange un peu, avec un zeste de différentes techniques, chinoises et autres. Mais pourquoi aller chercher dans d'autres disciplines ce que nous avons dans le Karaté ? Car dans le Karaté, nous avons tout. Y compris la plus efficace des self-défenses. En France, 90% des pratiquants et enseignants se sont malheureusement arrêtés à la pratique des tsukis, uchis et géris, ainsi qu'au Ippon Kumité. Alors qu'au Japon, les techniques de luxations, d'étranglements et de projections font également partie du programme d'enseignement, tandis que les Gaeshi Ippon Kumité, Okuri Jyu Ippon et autres Happo-Kumité se travaillent systématiquement dès le Nidan ou Sandan acquis.. De même, avec les différents experts Japonais, j'ai toujours travaillé des applications de kata, réalistes, vraisemblables, efficaces, des applications appelées kata-kumité ou bunkaï, qui peuvent éventuellement être appliquées hors Dojo si nécessaire. On assiste maintenant, chacun voulant inventer des applications de kata, à des bunkaï plus fantaisistes les uns que les autres. Des bunkaï totalement inapplicables si l'adversaire, Oh pardon ! Je voulais dire le partenaire, l'assistant, ne se prête pas au jeu. Ce n'est plus du Karaté, c'est une pièce de théâtre. Ajoutons à cela qu'un simple 1 er Dan (qui ne connaît donc que ses bases et quelques katas, mais il en a le mérite ) peut passer un diplôme d'Etat et faire de l'enseignement du Karaté sa profession. Mais pour enseigner quoi ? Puisque selon la progression jalonnée par les Dans, il a à peine assimilé ses techniques et exercices de base. Il est vrai qu'une certaine fédération de Karaté donne des diplômes d'enseignants à des ceintures marron… Et les mêmes donnent également des ceintures noires à des gamins de 14 ans… Alors dans ces conditions, comment s'étonner que dans une grande majorité de clubs, il n'est plus pratiqué qu'une pale imitation de Karaté. La première raison d'être du Karaté est l'efficacité. Il n'y a donc pas de Karaté sans recherche d'efficacité. Il ne peut donc y avoir qu'une seule façon de pratiquer le Karaté. Même si chacun de nous dans sa pratique l'adapte pour en faire son propre Karaté. ( Nous n'avons pas tous la même morphologies ni le même tempérament ) Ce qui est à l'origine des différents styles . De même, nous n'avons pas tous le même âge. Mais il ne peut y avoir qu'une seule conception de l'art Martial et du Karatédo. Personnellement, (mais je ne suis pas le seul, même si nous sommes une minorité) par des sacrifices qu'il est inutile de préciser, j'ai pu me perfectionner dans notre discipline et travailler sous la direction d'experts tels que M. PLEE, SHIRAI, MIYAZAKI, ENOEDA, KANAZAWA et KASE. Ce dernier poussant la gentillesse jusqu'à me prêter une chambre dans sa maison afin de faciliter ma venue en cours particuliers. Puis il y a eu le Japon et, grâce aux recommandations de M. KASE , les cours à cette fameuse JKA, l'ancien Dojo, ce sanctuaire du Karaté dans une petite rue de Tokyo. C'est ce Karaté que j'enseigne depuis maintenant plus de 40 ans. C'est avec ce Karaté que j'ai formé à ce jour plus de 300 ceintures noires et Professeurs. J'ai lu, je ne me souviens plus sous la plume de quel auteur, qu'à partir d'un certain niveau, un enseignant en Karaté doit inventer de nouvelles techniques, de nouveaux exercices, afin écrivait-il, d'apporter sa pierre à l'édifice. Je me contente de transmettre ce qui m'a été transmis par les experts Japonais, (Les Japonais ne changent rien aux règles de la boxe Française ou de la lutte gréco-romaine) sans rien y changer, tant dans la technique que dans la façon d'exécuter les Katas où dans les nombreux exercices conventionnels, traditionnels, soit une vingtaine de formes de Kumité. A mon sens, c'est ainsi que la transmission doit se faire si l'on ne veut pas que les futurs pratiquants se retrouvent un jour à pratiquer un ‘Karaté à la Française ‘ forme de boxe Française en kimono. Enfin, personnellement, lorsque je dirige un cours ou un stage de Karaté, j'ai la faiblesse de penser que si des Karatékas s'inscrivent à un stage de Karaté, c'est pour y pratiquer Le Karaté. C'est pourquoi je n'enseigne que le Karaté. Mais le Karaté tel qu'il m'a été enseigné.. Alors continuons à pratiquer un Karaté traditionnel, un Karaté complet, un Karaté efficace, un Karaté Martial, enfin en clair, pratiquons tout simplement le KaratéDo. Et laissons à ceux qui n'ont rien à enseigner et aux plaisantins, leurs synthèses vides, leur karaté truc et leur karaté machin. Marcel LANCINO |